GÉORGIE
vendredi 29 août 2008 à 19:25 :: Actualités :: #76 :: rss
Complexité extrême d’un conflit qui peut devenir dangereux. L’Europe se doit de calmer le jeu.
Lorsqu’un nouveau conflit se déclenche dans une région du monde mal connue, le lecteur de journaux et l’auditeur de télévision aiment qu’on leur indique qui est le méchant et qui est le gentil pour pouvoir s’indigner ou s’apitoyer à bon escient. Le conflit russo-géorgien actuel nous a surpris tous en pleines vacances et jeux olympiques. Les journalistes en donnent des versions très orientées et nous imposent des partis pris opposés et injustifiés. L’ethnographie et l’Histoire politique du Caucase est d’une extrême complexité que seule une lecture attentive des meilleures encyclopédies permet d’aborder,… avec précautions. Par comparaison, le conflit qui oppose les Flamands aux Wallons et Francophones est d’une biblique simplicité
La Géorgie, (qui n’a rien à voir avec St Georges, mais signifie quelque chose comme le pays du loup en vieux persan), une des plus riches des 18 républiques constitutives de l’ex-Union soviétique est devenue indépendante en 1990-91. Son histoire a toujours été mouvementée et complexe. Tour à tour envahie par les Khazaks, les Mongols, les Persans et les Turcs, elle était divisée en principautés moyenâgeuses à la fin du XVIIIème siècle . L’origine de leur langue, probablement non indo-européenne, reste une énigme pour les linguistes. Elle se lia volontairement à l’Etat tsariste en 1801 pour devenir "moderne", et en suivit l’évolution. Aujourd'hui, reprenant les divisions administratives précédentes, elle regroupe divers petits peuples, autour des cinq millions de Géorgiens (orthodoxes, mais d’un rite spécial). La capitale Tbilissi (autrefois Tiflis) est la seule vraie grande ville moderne de la région. Mines, industries métallurgiques, mais surtout une riche agriculture de primeurs et de thé nourrissant le marché russe, assurent leur prospérité.
A côté des 4 millions de Géorgiens proprement dits, on compte les Adjariens, Géorgiens musulmans parlant un dialecte particulier (environ 400 000) au Sud-ouest, sur le seul port important, et ayant des liens avec la Turquie, les Abkhazes (environ 120 000 aujourd’hui, précédemment envahis par une immigration massive de Géorgiens, finalement expulsés) occupant l’ancienne Colchique « où se conquit la toison » entre Caucase et mer Noire; leur côte constitue une sorte de Riviera russe. Plus à l'est, les Ossètes (orthodoxes), descendant des Scythes et des Alains, (100 000 au Sud de la montagne), population paysanne des hautes vallées alpestres. Ils sont liés culturellement aux Ossètes du Nord plus nombreux, de l’autre côté de la montagne et sont intégrés à la Russie, sans compter les Ingouches (musulmans, temporairement déportés pour collaboration) et les Svans de Svanétie. Les Arméniens et les Russes sont dispersés un peu partout . Les origines ethniques, l’histoire, les religions, les coutumes et les langues de tous ces peuples (y compris l’alphabet) sont différents et très complexes.
Â
Evolution récente
Des remous de nature diverses ont agité la Géorgie indépendante depuis 18 ans : démissions forcées du président et de ministres pour corruption, révolution « des roses » (très soutenue par les Américains), suppression des statuts spéciaux des minorités, pourtant anciennement reconnus, suivies de révoltes unanimes de celles-ci (souvent supportées par les Russes), qui ont, par endroits, entraîné l’expulsion les Géorgiens de souche. $i les dernières élections ont été les plus régulières qu’on ait connues depuis l’indépendance, ni l’opposition, ni la presse ne peuvent guère s’exprimer sous le règne de l’autoritaire président actuel, qui a fait ses classes comme avocat à New York.
Â
Les médias mélangent tout et sont partiaux
 Il serait incongru pour nous de prendre parti pour les uns ou les autres. Mais la leçon que nous pouvons en tirer est que nos médias donnent des versions très orientées. Alors que la chronologie immédiate des événements indique sans aucune équivoque que le Président américanisé du pays, a pris l’initiative de rompre un fragile équilibre qui semblait satisfaisante pour les populations intéressées, certains tentent de faire passer les Russes pour de dangereux agresseurs des innocents Géorgiens. Une des ambiguités qui handicapent l'information, est que les autorités géorgiennes présentent les régions séparées comme faisant partie intégrante du pays, alors que, tacitement, elles avaient accepté leur autonomie.
Â
La seule comparaison des premiers sons de cloche du Soir et de la RTBF, d’une part, des stations de TV et journaux français ou américains de l’autre est éclairante. Au début, nos journalistes n’avaient pas reçu la consigne.
Â
Autres intérêts
Sans doute, serait-il naïf d’oublier les intérêts en cause. La Russie au Nord de la barrière caucasienne permet le maintien de l’autonomie des communautés montagnardes, qui en espèrent un développement (sans doute du tourisme (?) dans de grandioses paysages. Mais la Russie veut aussi garder le contrôle du principal col alpin (et du tunnel qui le double) à travers le Caucase et, bien entendu surveiller les oléoducs venant d’Azerbeidjan, essentiels pour sa politique pétrolière.
Â
Le gouvernement actuel de la Géorgie (pays d’origine de Staline et Beria, dont les politiques matèrent l’agitation nationaliste),   profitant des derniers jours de Bush, veut dominer tout le versant Sud de la chaîne de montagne, réduire par la force les particularismes locaux, et poursuivre son industrialisation grâce aux pétrole et à l’aide américaine1. Des réticences «démocratiques» s’y expriment déjà .
Â
Notre rôle
Les Américains soufflent sur le feu avec la maladresse coutumière aux puissants et prétendent étendre sans le moindre prétexte son bras armé dans la région, l’OTAN, vers l’Est. Il est impératif que, tant au conseil de l’Otan qu’au Conseil de Sécurité, l’Europe joue l’apaisement et ne courbe pas l’échine vers le réchauffement de la guerre froide auquel conduit inévitablement la politique américaine en Géorgie, qui s’ajoute aux boucliers anti-missiles polonais.